Posée à un peu plus de 300 km des côtes marocaines, Tenerife tient sur ses 2 034 km² ce que d’autres destinations réclament un continent entier pour offrir : un volcan de 3 715 m, des forêts de lauriers gorgées de brume, des plages de sable noir, des villages accrochés à la roche et une cuisine qui sent le poisson grillé et le mojo. C’est la plus grande île des Canaries, et la plus contrastée.
J’y suis retourné plusieurs fois, autant pour la rando que pour manger un pescado les pieds dans l’Atlantique, et je n’ai jamais fait deux fois le même voyage. Voici les incontournables à voir et à faire sur l’île, du Teide aux gorges de Masca, avec les infos pratiques pour organiser votre séjour sans perdre de temps.
Ce qu’il faut retenir
- Le Teide – volcan de 3 715 m, permis gratuit obligatoire pour le sommet, à demander en ligne des semaines à l’avance
- Masca – village perché et gorge spectaculaire, la rando au fond du barranco se réserve
- Deux visages – nord humide et vert, sud sec et ensoleillé : prévoyez short ET polaire
- Durée idéale – une semaine pour faire le tour sans courir
- Voiture – quasi indispensable pour sortir des stations balnéaires
Le parc national du Teide, le toit de l’Espagne
Impossible de visiter Tenerife sans monter au Teide. Ce volcan endormi culmine à 3 715 m, ce qui en fait le point le plus haut de toute l’Espagne, et le troisième plus haut volcan du monde mesuré depuis sa base océanique. Le parc national qui l’entoure est classé à l’UNESCO et reçoit chaque année plusieurs millions de visiteurs.
On comprend vite pourquoi : la route qui grimpe vers le cratère traverse des paysages qui changent tous les dix kilomètres, de la pinède à un plateau de lave qui ressemble à un décor de tournage lunaire.
Deux options pour prendre de la hauteur. Le téléphérique vous dépose à 3 555 m en huit minutes, mais attention : la station haute ne mène pas au sommet lui-même. Pour fouler les derniers mètres jusqu’au cratère, il faut un permis gratuit à demander en ligne, souvent des semaines à l’avance en haute saison. Ceux qui préfèrent tout faire à pied partent du refuge d’Altavista et comptent 5 à 6 heures aller-retour.
Dans les deux cas, l’altitude se sent : on souffle plus vite, il fait froid même en été, et le lever de soleil depuis là-haut reste l’un des moments forts d’un séjour sur l’île.
En pratique
Le permis d’accès au pic se réserve sur le site des parcs nationaux espagnols. C’est gratuit mais les créneaux partent vite. Réservez avant même d’acheter vos billets de téléphérique, sinon vous montez à 3 555 m sans pouvoir aller au bout. Prévoyez une couche chaude : il peut geler au sommet alors qu’il fait 25 °C sur la côte.
Masca, le village suspendu et sa gorge vertigineuse
Accroché à 600 m d’altitude dans le massif de Teno, à l’ouest de l’île, Masca a longtemps été coupé du reste de Tenerife. Une centaine d’habitants y vivent encore, dans un décor de maisons en pierre posées sur des crêtes qui plongent vers l’océan. Rien que la route en lacets pour y arriver vaut le détour : elle serpente entre des à-pics impressionnants, avec des points de vue où l’on s’arrête forcément appareil en main.
Conduite prudente conseillée, la chaussée est étroite et fréquentée.
Les randonneurs viennent surtout pour le barranco de Masca, cette gorge qui descend du village jusqu’à une petite plage isolée au bord de l’Atlantique. La descente traverse un canyon spectaculaire, ombragé et sauvage. Depuis sa remise en état, le sentier se réserve à l’avance et le retour se fait généralement en bateau jusqu’à Los Gigantes.
Ce n’est pas une balade du dimanche : bonnes chaussures, eau en quantité et créneau bloqué à l’avance. Si vous n’êtes pas d’humeur sportive, le village seul mérite déjà l’aller-retour.

Les falaises de Los Gigantes, face à l’océan
Sur la côte ouest, les falaises de Los Gigantes tombent presque à la verticale dans l’Atlantique, avec des parois qui atteignent plusieurs centaines de mètres. Vues depuis la terre, elles sont déjà imposantes. Mais c’est depuis la mer qu’elles prennent toute leur mesure.
Le petit port de la station propose des sorties en bateau qui longent ces murailles de roche noire, et les eaux au large sont parmi les meilleures de l’île pour observer dauphins et baleines.
Le détroit qui sépare Tenerife de l’île voisine de La Gomera abrite en effet une population de cétacés présente toute l’année, notamment des globicéphales et des grands dauphins. Choisissez un opérateur qui respecte les distances d’approche : les bonnes sorties coupent le moteur et laissent les animaux venir, elles ne les poursuivent pas.
Combinez la sortie avec une baignade dans une crique accessible seulement par bateau, c’est souvent la formule la plus agréable.
Le massif d’Anaga, la forêt primaire du nord
À l’autre extrémité de l’île, le massif d’Anaga offre un tout autre visage de Tenerife. Ici, pas de lave ni de désert : des forêts de lauriers (la fameuse laurisylve), des crêtes noyées dans la brume et des sentiers qui sentent l’humus. C’est un parc rural classé réserve de biosphère par l’UNESCO, l’un des rares vestiges de la forêt qui couvrait autrefois tout le pourtour méditerranéen.
Marcher là-dedans, c’est un peu remonter le temps.
Le sentier des sens, court et balisé, donne un bon aperçu pour ceux qui ont peu de temps. Les marcheurs plus aguerris rejoignent des hameaux isolés comme Chamorga ou descendent vers les plages sauvages de la côte nord, comme celle de Benijo, magnifique au coucher du soleil. Prévoyez une veste imperméable : le nord de l’île capte les nuages et le temps y change vite.
C’est aussi ce qui donne à Anaga son ambiance de bout du monde.
La Laguna, la ville coloniale classée à l’UNESCO
San Cristóbal de La Laguna, souvent appelée simplement La Laguna, est l’ancienne capitale de l’île et son cœur historique. Son centre, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, aligne des rues tirées au cordeau, des maisons coloniales aux façades pastel, des patios andalous et des églises anciennes.
C’est ici que se lit le passé de Tenerife comme escale sur la route des Amériques, quand l’île servait de relais aux navires espagnols.
Ville universitaire, La Laguna a de l’ambiance : cafés animés, marché couvert, bars à tapas où l’on grignote pour trois fois rien. Prenez le temps d’y déjeuner. Un conseil de gourmand : cherchez un endroit qui sert les papas arrugadas, ces petites pommes de terre cuites dans l’eau très salée et servies avec du mojo rouge ou vert.
C’est le plat le plus canarien qui soit, et il vaut mieux le goûter dans une ville que dans une station touristique.
Santa Cruz de Tenerife, la capitale animée
Santa Cruz, capitale de l’île (et co-capitale des Canaries avec Las Palmas), se visite souvent trop vite. C’est dommage. Son auditorium, grande vague de béton blanc signée d’un architecte de renom, est devenu l’emblème de la ville face au port. On y flâne le long de ramblas ombragées, on fait ses courses au marché Nuestra Señora de África, et on découvre une vie urbaine bien réelle, loin des clichés balnéaires de l’île.
À deux pas, la plage artificielle de Las Teresitas tranche avec le reste : son sable clair a été importé du Sahara, ce qui en fait une exception sur une île où les plages sont naturellement noires. Eau calme, palmiers, ambiance familiale : parfait pour une pause farniente entre deux visites.
Et si vous êtes sur l’île fin février ou début mars, le carnaval de Santa Cruz est l’un des plus grands du monde, dans un registre proche de celui de Rio.
La Orotava, le village le plus élégant de l’île
Au-dessus de Puerto de la Cruz, sur les pentes verdoyantes du nord, La Orotava concentre le plus bel ensemble d’architecture canarienne traditionnelle de Tenerife. On y admire des balcons de bois sculpté, des maisons seigneuriales et des jardins fleuris qui donnent envie de ralentir le pas.
La ville domine une vallée plantée de bananiers et offre, par temps clair, une vue plongeante jusqu’à l’océan avec le Teide en toile de fond.
La Casa de los Balcones, avec sa cour intérieure en bois, est l’endroit le plus photographié du village et abrite des ateliers d’artisanat local. Le quartier historique se parcourt facilement à pied, en montées douces. C’est le genre d’endroit où l’on venait pour une heure et où l’on reste une demi-journée, entre une pâtisserie, une place tranquille et une église baroque.
Les plages de sable noir et les piscines naturelles
L’origine volcanique de Tenerife se voit surtout sur ses plages. La plupart affichent un sable noir ou gris qui surprend au premier abord et que l’on finit par trouver photogénique. Au nord, la Playa de Benijo, dans Anaga, est spectaculaire au coucher du soleil avec ses rochers plantés dans l’eau.
Au sud, les grandes stations comme Las Américas ou Costa Adeje concentrent les plages aménagées, plus classiques mais faciles d’accès avec des enfants.
Le meilleur de la côte, à mes yeux, ce sont les charcos, ces piscines naturelles creusées dans la lave et remplies par les vagues. On s’y baigne à l’abri de la houle, dans une eau claire, souvent gratuitement. Celles de Garachico, formées par une coulée de lave historique, sont parmi les plus connues.
Renseignez-vous toujours sur l’état de la mer avant de vous baigner : l’Atlantique tape fort par endroits, et les zones non surveillées demandent de la prudence.
Les parcs de loisirs : Loro Parque et Siam Park
Tenerife abrite deux des parcs les plus réputés d’Espagne, régulièrement cités parmi les meilleurs d’Europe pour leur catégorie. Le Loro Parque, à Puerto de la Cruz, est à l’origine un parc de perroquets devenu un grand jardin zoologique et botanique. Le Siam Park, au sud, est un parc aquatique à thème thaïlandais qui truste les classements mondiaux pour ses toboggans.
Ce sont des valeurs sûres pour une journée en famille, surtout si la météo du nord fait des siennes.
Deux réserves honnêtes. D’abord le prix : l’entrée n’est pas donnée, et les billets combinés se réservent en ligne pour économiser. Ensuite l’éthique : le Loro Parque présente des spectacles d’animaux, un sujet qui divise, à chacun de se positionner. Si vous cherchez l’authentique canarien, ces parcs ne seront pas le cœur de votre voyage. Pour occuper des enfants une journée entière, ils font le travail.
Goûter la cuisine canarienne, du mojo au poisson grillé
On ne visite pas vraiment une île sans passer par sa table, et Tenerife a de quoi faire. La star, ce sont les papas arrugadas al mojo : pommes de terre ridées cuites dans l’eau salée, servies avec deux sauces, le mojo rojo légèrement piquant et le mojo verde à la coriandre. Simple, roboratif, addictif. Ajoutez-y du poisson frais grillé (vieja, cherne) dans un restaurant de port, et vous tenez le déjeuner canarien type.
Pour manger juste, fuyez les fronts de mer les plus touristiques et remontez dans les villages : les guachinches du nord, petites tables familiales rattachées à des exploitations viticoles, servent une cuisine sans chichi arrosée du vin local. Côté sucré, goûtez le bienmesabe, une crème d’amandes, et un café barraquito monté en couches.
Ce sont ces repas-là, plus que n’importe quel monument, qui m’ont donné envie de revenir sur l’île.
Événements à venir à Tenerife en février 2026
Caler son séjour sur un événement change souvent l’ambiance d’un voyage. Voici les temps forts à surveiller autour de cette période sur l’île.
- Carnaval de Santa Cruz de Tenerife – l’un des plus grands carnavals du monde, défilés, costumes et musique dans les rues de la capitale, généralement fin février et début mars
- Almendros en flor – la floraison des amandiers autour de Santiago del Teide, un spectacle rose sur fond de volcan à la fin de l’hiver
- Fêtes de village – de nombreuses fiestas locales ponctuent le calendrier, occasion de goûter la cuisine et la musique canariennes hors des sentiers touristiques
Les dates précises varient chaque année : vérifiez le calendrier officiel avant de réserver vos vols si vous voulez absolument tomber sur le carnaval, qui fait grimper la fréquentation et les prix des hébergements.
D’autres incontournables et excursions autour de l’île
Une semaine suffit rarement à tout voir. Si vous avez du temps ou que vous revenez, voici quelques lieux et sorties qui complètent joliment le tour de l’île.
Garachico, l’ancien port englouti par la lave
Sur la côte nord-ouest, Garachico était le port le plus important de l’île avant qu’une éruption au début du XVIIIe siècle ne l’ensevelisse en partie. La coulée refroidie a créé les célèbres piscines naturelles où l’on se baigne aujourd’hui. Le village reconstruit, calme et charmant, se prête à une flânerie tranquille.
Les pyramides de Güímar
Ce parc ethnographique abrite d’étranges terrasses en pierre étudiées par l’explorateur Thor Heyerdahl. Leur origine reste débattue, ce qui ajoute au mystère. La visite mêle archéologie, jardin botanique et histoire des Guanches, les premiers habitants de l’île.
Une excursion à La Gomera
Un ferry relie Los Cristianos à l’île voisine de La Gomera en moins d’une heure. On peut y passer la journée pour découvrir la forêt de Garajonay, autre joyau classé à l’UNESCO, et le langage sifflé local. Une bouffée de calme après l’agitation du sud de Tenerife.
Questions fréquentes pour visiter Tenerife
Quand partir à Tenerife ?
On surnomme les Canaries l’archipel du printemps éternel : le climat reste doux toute l’année, avec des températures rarement extrêmes. L’hiver européen y est particulièrement agréable, ce qui en fait une destination soleil de saison basse. L’été est chaud mais supportable grâce aux alizés.
Gardez en tête que le nord est plus humide et nuageux que le sud, plus sec et ensoleillé, et qu’il fait toujours frais en altitude au Teide.
Combien de jours faut-il pour visiter Tenerife ?
Comptez une semaine pour faire un tour équilibré : le Teide, Anaga, Masca et Los Gigantes, une ou deux villes coloniales et quelques plages ou piscines naturelles. En 3 à 4 jours, il faut choisir et se concentrer sur une moitié de l’île. Au-delà de sept jours, vous pouvez ajouter des randonnées et une excursion vers une île voisine sans avoir l’impression de courir.
Faut-il un permis pour monter au sommet du Teide ?
Oui. L’accès aux derniers mètres jusqu’au cratère exige un permis gratuit à demander en ligne sur le site des parcs nationaux, souvent des semaines à l’avance en haute saison. Sans ce permis, le téléphérique vous laisse à 3 555 m et vous pouvez emprunter les sentiers autour, mais pas atteindre le point culminant.
Faut-il louer une voiture pour visiter l’île ?
C’est vivement conseillé si vous voulez sortir des stations balnéaires. Les plus beaux endroits (Anaga, Masca, les villages du nord, les routes du Teide) se découvrent bien mieux avec une voiture de location, souvent bon marché sur l’île et récupérable direct