Le kougelhopf (ou kouglof) est une brioche alsacienne en forme de couronne torsadée, garnie de raisins secs macérés au kirsch et décorée d’amandes entières incrustées dans les cannelures du moule. Sa mie est dense mais fondante, beurrée, parfumée – à mi-chemin entre le pain brioché et le gâteau. C’est le gâteau du dimanche matin en Alsace, celui qu’on offre quand on est invité et qu’on mange avec un café au lait ou un verre de gewurztraminer.
En un coup d’œil
- Préparation – 30 minutes (+ macération des raisins la veille)
- Levée totale – 3 à 4 heures (ou une nuit au frigo)
- Cuisson – 40 à 50 minutes à 170°C
- Pour – 8 à 10 parts (moule de 22-24 cm)
- Difficulté – Intermédiaire (pâte levée riche en beurre)
- Meilleur – Le lendemain, légèrement rassis et grillé
Les ingrédients
- 500 g de farine T45 (farine de gruau si possible)
- 20 g de levure de boulanger fraîche (ou 7 g de levure sèche)
- 80 g de sucre en poudre
- 8 g de sel
- 3 œufs à température ambiante
- 12 cl de lait tiède
- 200 g de beurre mou
- 150 g de raisins secs
- 5 cl de kirsch (ou de rhum, ou de jus d’orange pour une version sans alcool)
- 20 amandes entières non mondées (avec la peau brune)
- Sucre glace pour la finition
La veille, mettez les raisins secs à macérer dans le kirsch. Couvrez et laissez à température ambiante toute la nuit. Les raisins gonflent, s’imbibent d’alcool et deviennent moelleux. C’est une étape qu’on ne saute pas – des raisins secs jetés tels quels dans la pâte restent durs et absorbent l’humidité de la mie au lieu de la parfumer.
Le moule en terre cuite
Le vrai kougelhopf se cuit dans un moule en terre cuite vernissée (poterie de Soufflenheim, en Alsace). La terre cuite conduit la chaleur lentement et donne une croûte fine et dorée que le métal ne reproduit pas. Si vous utilisez un moule en métal antiadhésif, le résultat est correct mais la croûte sera plus épaisse et la cuisson plus rapide (5 à 10 minutes de moins). Le moule en terre se culotte avec le temps : plus vous l’utilisez, mieux il démoulera.
La préparation pas à pas
Étape 1 – Préparer le moule
Beurrez généreusement l’intérieur du moule, y compris la cheminée centrale et toutes les cannelures. Placez une amande entière au fond de chaque cannelure, côté bombé contre le moule. Elles se retrouveront sur le dessus du kougelhopf une fois démoulé – c’est la signature visuelle du gâteau.
Étape 2 – Pétrir la pâte
Diluez la levure dans le lait tiède (25 à 30°C). Laissez reposer 5 minutes.
Dans le bol du robot muni du crochet (ou dans un grand saladier pour un pétrissage à la main), mélangez la farine, le sucre et le sel. Ajoutez les œufs et le mélange lait-levure. Pétrissez à vitesse moyenne pendant 10 minutes. La pâte doit devenir lisse et élastique, se détacher des parois du bol.
Ajoutez le beurre mou en 4 à 5 fois, en pétrissant entre chaque ajout. Après le beurre, la pâte est collante et brillante – c’est normal. Continuez de pétrir 5 minutes jusqu’à ce qu’elle redevienne lisse et se décolle du bol. Elle reste souple et légèrement collante, beaucoup plus molle qu’une pâte à pain.
Égouttez les raisins macérés (gardez le kirsch pour arroser le gâteau ou le boire). Incorporez-les à la pâte en pétrissant 1 minute à vitesse lente, juste assez pour les répartir sans les écraser.
Étape 3 – Première levée (pointage)
Couvrez le bol d’un torchon propre ou de film alimentaire. Laissez lever dans un endroit tiède (25 à 28°C) pendant 1 h 30 à 2 heures, jusqu’à ce que la pâte ait doublé de volume.
Alternative de la levée au frigo : si vous préparez le kougelhopf le soir pour le lendemain matin, placez la pâte couverte au réfrigérateur pour la nuit (8 à 12 heures). La fermentation lente au froid développe des arômes plus complexes et la pâte est plus facile à manipuler froide. Sortez-la 30 minutes avant de mouler.
Étape 4 – Mouler
Dégazez la pâte en appuyant dessus pour chasser l’air. Formez un gros boudin, soudez les deux extrémités pour former un anneau et déposez-le dans le moule beurré et amandé. La pâte doit remplir le moule au tiers, maximum à la moitié.
Étape 5 – Deuxième levée (apprêt)
Couvrez d’un torchon et laissez lever 1 h 30 à 2 heures à température ambiante. La pâte doit monter jusqu’à 1 à 2 cm du bord du moule. Ne la laissez pas déborder – un kougelhopf qui a trop levé retombe au four.
Étape 6 – Cuisson
Préchauffez le four à 170°C (chaleur statique). Enfournez en bas du four pour que la chaleur vienne par le dessous et cuise le fond en même temps que le dessus.
Cuisson : 40 à 50 minutes pour un moule en terre cuite, 35 à 40 minutes pour un moule en métal. Le kougelhopf est cuit quand il est bien doré et qu’un couteau planté au centre ressort propre. Si le dessus dore trop vite, couvrez de papier aluminium pour les dernières 10 minutes.
Laissez reposer 10 minutes dans le moule, puis démoulez sur une grille en retournant le moule. Tapotez le fond si nécessaire. Les amandes apparaissent sur le sommet du gâteau. Laissez refroidir complètement avant de saupoudrer de sucre glace.
Les astuces qui font la différence
Le kougelhopf est meilleur le lendemain. La mie, légèrement rassise, a une texture plus dense et un goût plus profond. C’est à ce stade qu’il se tranche le mieux et qu’il est idéal grillé au grille-pain avec du beurre – la façon dont les Alsaciens le mangent le plus souvent au petit-déjeuner.
Pour le démoulage : si vous utilisez un moule en terre cuite pour la première fois, le démoulage peut être capricieux. Beurrez très généreusement et farinez légèrement le moule en plus du beurrage. Au fil des utilisations, le moule se culotte et le démoulage s’améliore. Un moule à kougelhopf en terre bien culotté après des années d’usage est un trésor de famille.
La levée au froid (une nuit au réfrigérateur) donne un kougelhopf aux arômes plus développés qu’une levée rapide à température ambiante. La fermentation lente produit des acides organiques qui apportent de la complexité au goût. Si vous avez le temps, cette méthode est préférable.
Les erreurs qui font rater un kougelhopf
- Pâte pas assez pétrie – la pâte à kougelhopf est riche en beurre et a besoin d’un long pétrissage (15 minutes minimum) pour développer le gluten. Sans ça, la mie est compacte et lourde au lieu d’être aérée et filante.
- Beurre froid ou fondu – le beurre doit être pommade (souple au doigt, pas liquide). Froid, il ne s’incorpore pas. Fondu, il casse la structure de la pâte.
- Trop de levée – si la pâte déborde du moule, elle retombe au four et le kougelhopf sera creusé et affaissé. La pâte doit monter jusqu’à 1 à 2 cm du bord, pas au-delà.
- Four trop chaud – au-delà de 180°C, la croûte brûle avant que l’intérieur ne soit cuit. Le kougelhopf est un gâteau épais qui a besoin d’une cuisson douce et longue à 170°C.
- Démoulage trop rapide – si vous démoulez immédiatement, le gâteau se casse. Attendez 10 minutes pour que la structure se raffermisse.
- Raisins non macérés – des raisins secs bruts absorbent l’humidité de la mie, sèchent le gâteau et restent durs en bouche. La macération au kirsch est indispensable.

Variantes du kougelhopf
Kougelhopf salé (au lard et aux noix)
La version salée est un apéritif alsacien classique. Supprimez le sucre, les raisins et le kirsch. Ajoutez à la place 150 g de lardons rissolés et égouttés, 100 g de cerneaux de noix concassés, et réduisez le sel à 5 g (les lardons sont déjà salés). Servez tiède, tranché, avec un verre de riesling.
Kougelhopf aux pépites de chocolat
Remplacez les raisins macérés par 150 g de pépites de chocolat noir. Ajoutez 1 cuillère à soupe de cacao amer à la farine. Le résultat est un kougelhopf marbré de chocolat fondu – une version moderne que les enfants préfèrent.
Kougelhopf glacé
Après refroidissement, nappez le dessus d’un glaçage au sucre glace (150 g de sucre glace + 2 cuillères à soupe de jus de citron) au lieu du simple saupoudrage. Le glaçage durcit en séchant et ajoute du croustillant sucré.
Ce que vous vous demandez sur le kougelhopf
Quelle est la différence entre kougelhopf, kouglof et gugelhupf ?
C’est le même gâteau. L’orthographe varie selon les régions et les dialectes : kougelhopf ou kugelhopf en alsacien, kouglof en français simplifié, gugelhupf en allemand et autrichien. La recette est identique. L’orthographe « kougelhopf » est considérée comme la plus fidèle à la prononciation alsacienne.
Faut-il absolument un moule à kougelhopf ?
Oui, pour la forme caractéristique – la couronne cannelée avec la cheminée centrale est la signature du kougelhopf. Un moule en terre cuite de Soufflenheim donne le meilleur résultat (20 à 40 €). Un moule en métal antiadhésif fonctionne aussi. En dernier recours, un moule à savarin (couronne lisse) donne la bonne forme sans les cannelures.
Combien de temps se conserve un kougelhopf ?
Emballé dans du film alimentaire à température ambiante : 4 à 5 jours. Il se bonifie le lendemain et reste bon jusqu’au troisième jour. Au-delà, il devient sec mais se rattrape très bien grillé au grille-pain ou trempé dans un café au lait. Le kougelhopf se congèle aussi : emballez-le entier ou en tranches, il tient 2 mois au congélateur.
Peut-on faire un kougelhopf sans robot pâtissier ?
Oui, mais préparez vos bras. La pâte est riche en beurre et collante – le pétrissage à la main prend 20 à 25 minutes au lieu de 15 au robot. La technique : soulevez la pâte et claquez-la sur le plan de travail, repliez, recommencez. Quand elle ne colle plus aux doigts et s’étire sans se déchirer, c’est prêt. Le résultat est le même – c’est juste un bon exercice pour les avant-bras.
Le verdict du Grenier
Le kougelhopf est une brioche riche qui demande du temps mais peu de technique : pétrir longtemps, laisser lever, mouler, cuire doucement. Deux choses font la différence entre un kougelhopf correct et un kougelhopf mémorable : les raisins macérés au kirsch la veille (pas de raccourci) et la levée lente au froid une nuit entière (les arômes n’ont rien à voir avec une levée rapide). Et si vous en avez la patience, achetez un moule en terre de Soufflenheim – il se culotte au fil des années et devient le meilleur outil de votre placard.